
|
La Bible de Souvigny a été écrite à la fin du XIIe siècle. C'est un chef-d'œuvre de l'art du Moyen Âge français conservé à la bibliothèque de Moulins en Auvergne. Il en existe un fac-simile dans son village d'origine, Souvigny, siège d'un prieuré clunisien.
Le manuscrit sur parchemin contient 200 bifeuillets de 56 sur 78 cm pliés en deux, soit 200 peaux de moutons, pour un poids de 32 kg. Deux copistes ont transcrit les textes. Chacun pouvant recopier 170 à 200 lignes par jour, l'écriture des 400 feuillets représenterait au moins un an et demi de travail. Cinq grandes peintures, plus d'une centaine d'initiales ornées et des milliers de lettrines organisent et agrémentent le texte biblique. La Bible de Souvigny aurait été confisquée par la Révolution et épargnée. Histoire de la Bible de Souvigny |
Le travail des enlumineurs
Les enlumineurs recevaient les cahiers de parchemin où le texte avait été copié. Ces cahiers n'étaient pas encore cousus. Ils préparaient leur travail en indiquant, dans les emplacements laissés libres pour la peinture, quel type d'initiale ou d'enluminure devait être peint. L'enluminure proprement dite était réalisée par étapes, double feuillet par double feuillet, avec des intervalles pour le séchage. On posait d'abord les métaux (or et argent), puis la peinture, couleur par couleur, couche par couche. Enfin, les détails et certains contours pouvaient être repris au trait noir. Les artistes disposaient d'une riche palette de métaux, pigments, colorants, d'origine minérale ou végétale, qu'ils devaient eux-mêmes préparer, broyer et mélanger en fonction de leurs besoins. L'Histoire de David (Premier livre de Samuel) C'est la plus grande des cinq peintures de la Bible de Souvigny. Elle occupe presque une page entière, mais le copiste a dû terminer le chapitre précédent en empiétant sur le registre supérieur de l'enluminure. Il en résulte une composition dense, dont les scènes successives s'enchaînent comme des événements continus. Dans le premier registre, David reçoit l'onction du Juge Samuel. Dans le registre central, David est armé par Saül à sa demande pour aller combattre le Philistin Goliath, comme il a combattu le lion pour défendre ses troupeaux (l'allusion à ce combat occupe la partie gauche de l'image). Dans la même scène, il est représenté avec sa fronde, reprenant ses habits de berger car l'armure est trop lourde. Enfin, dans le troisième registre, il tue et décapite Goliath, puis présente sa tête à Saül. L'artiste insiste sur l'exploit en faisant dépasser la lance du géant philistin dans le registre central : « Le bois de sa lance était comme une ensouple de tisserand ». La présence de grandes peintures en pleine page dans les Bibles romanes est rare. Elle montre le caractère monumental et exceptionnel de la Bible de Souvigny, que certains considèrent comme la plus importante Bible romane française. La vision d'Ezéchiel L'initiale ornée joue un double rôle. D'une part, elle permet au lecteur de se retrouver dans l'organisation du texte biblique, en marquant le début d'un nouveau Livre. D'autre part, la scène qui est intégrée à la forme de la lettre condense et interprète une partie du texte biblique, d'où sa qualification d'initiale historiée. Dans le « E » du début du Livre se trouve représentée la vision du prophète qui occupe le premier chapitre : autour d'une nuée lui sont apparues quatre figures, à face d'homme, de lion, de boeuf et d'aigle, qui entouraient une figure d'homme et une lumière éclatante semblable à un arc en ciel. L'enlumineur a choisi cette scène pour son contenu symbolique complexe, en la figurant clairement sous l'aspect du Christ en gloire entouré du symbole des quatre évangélistes. En effet, cette vision est considérée comme une préfiguration de celle de l'Apocalypse, où saint Jean décrit autour du Trône céleste les mêmes créatures, interprétées très tôt comme les symboles des quatre Evangélistes (l'ange pour saint Matthieu, le lion pour saint Marc, le boeuf pour saint Luc et l'aigle pour saint Jean). L'image de la Bible de Souvigny est ici beaucoup moins narrative que didactique, en imposant le parallèle entre l'Ancien et le Nouveau Testament : la vision d'Ezéchiel est clairement figurée sous l'aspect du Christ en gloire entouré du symbole des quatre Evangélistes. Bibliographie ![]() |
||||||
|
Bibligraphie :
|
|||||||
|
Ci-contre, David et Goliath, pleine page. |
|||||||