Sous les vignes de Souvigny

Monsieur Alexandre Ferrante est le dernier vigneron à vendanger à Souvigny. Ce vigneron, possède le clos des sires de Bourbon qui jouxte le vieux château, une ancienne demeure ducale très fréquentée de Louis II à Pierre II et située à quelques pas de l’église au coeur de la cité. Le clos des sires appartient depuis 1921 à la famille Ferrante qui perpétue cette tradition locale ancrée depuis le moyen-âge. À cette époque, le droit ou le ban des vendanges était donné par le prieur, lorsque les cloches tintaient. Afin de contrôler la quantité de la récolte, les vendanges débutaient par secteur. À cette époque, en effet, il y avait un prélèvement d’un quart de la récolte dans les vignes pour le compte du seigneur. Cet « impôts » a dû reste donné son nom au quartier des Carpotières (le quart de pot), secteur des hauteurs de Souvigny couvert de vignes, avant les constructions de residences pavillonaire qui envahissent aujourd'hui la campagne de Souvigny. Le pot ou « tine » était ce récipient en bois qui contenait la vendange ; d’une contenance de 100 litres, vingt-cinq étaient ainsi destinés aux dîmes féodales. Après 1789, les temps changent et un arrêté fixe les jours pour le quartier des Condémines, les Carpotières, le Clos-long, la Font-Jobert, etc. Malheur à celui qui enfreint la loi et commence les vendanges avant l’époque choisie par l’agent des communes. Pour ne pas s’être conformé à l’arrêté, les sieurs Sarrazin, Deschet, Chabassière et Parent, fermiers à la Font-Jobert, se virent dresser procès-verbal les 14 et 15 vendémiaires de l’an VI, malgré leurs protestations arguant du fait que leur raisin était à maturité. Ce ban disparaîtra dans le département de l’Allier le 14 septembre 1870 par note du Préfet. Malheureusement, le phylloxéra n’épargne aucunement le pays et apparaît en Bourbonnais pour la première fois le 24 mai 1886 conduisant à la destruction du vignoble de Souvigny, perché à l’extrémité Nord du grand vignoble du saint-Pourçinois, vin cité dès le XIVe siècle et que l’on servait sur la table du Roy.

Féru d'histoire locale, et dernier vigneron de la cité, Alexandre Ferrante, nous invite à remonter le temps, 168 ans en arrière et d’après un extrait de 1839, nous conte l'histoire des vendanges à Souvigny. Le 22 septembre 1839, publication du banc des vendanges sur la commune de Souvigny. La commission municipale de la ville de Souvigny, décide vu les réclamations faites par plusieurs propriétaires et vignerons dudit lieu, et après s’être assurée que la maturité des raisins était arrivée, à fixer le ban des vendanges dans l’étendue de cette commune, de la manière suivante :
  • Art. Ier La récolte des raisins pour les vins de la campagne, des jardins, des Roches, des Perrins, de Chantegrelet, et des Carrières, est fixée au lundi trente septembre du mois courant, et le premier octobre prochain.
  • Art. 2ème Celle des Condémines, Piments, Pré-mauret, et les Marchereux, au mercredi deux octobre prochain.
  • Art. 3ème Celle des Carpotières, le Clos Bertrand, le Clos Mamier, le Clos Long, au jeudi trois dudit mois d’octobre.
  • Art. 4ème Celle des Violettes Royales, et la Fond-Jobert, le Clos Rouet, le Clos Chevet, le Clos des Sires, au vendredi quatre dudit mois d’octobre.
  • Art. 5ème Défendons à tous propriétaires et vignerons de vendanger les dits enclos avant l’époque ci-dessus fixée.
  • Art. 6ème Défense est faite à tous grapilleurs de s’introduire dans les enclos ci-dessus désignés, non seulement avant la récolte faite, mais encore avant l’enlèvement des fruits de toutes espèces sous les peines de droit.
  • Art. 7ème Les contrevenants au présent arrêté seront punis selon la rigueur des lois.
  • Art. 8ème Le garde champêtre, est spécialement chargé de l’exécution de la présente ordonnance.

D’après ce document, nous pouvons constater, qu’il y avait de la vigne sur les deux coteaux, versant sud et versant nord, à cette époque la ville se trouvait bien sous les vignes. Le lieu, et la date des vendanges par secteur permettait aux agents désignés, au moyen-âge et sous l’ancien régime, de faire le prélèvement d’une part de la vendange, pour la dîme « impôts féodal » le quart du pot qui était versé au seigneur (abolie en 1789). Le pot ou tine, récipiant en bois d’une contenance de cent litres environ, servait pour transporter la vendange, sur les cent litres, vingt-cinq litres pour la dîme, et soixante-quinze litres pour le vigneron. Le Clos des Carpotières a conservé le souvenir par son appellation « Le quart du pot ». Le premier recensement fait par le service viticole date de 1957. En 1957 à Souvigny il y avait 132 vignerons déclarés, en 1970, 145 vignerons et en 2007 il en reste 1. Le cépage Gamay du clos des sires à Souvigny, en 2006, a produit un vin de 11 degrés 3. D’après certain ouvrages, le cépage Gamay proviendrait de la maison mère de Cluny, rapporté par les moines à Souvigny.