Souvigny Vie de la cité Visites, hébergements... L'agenda Les évènements annuels
L'église prieurale Les musées et jardins de Souvigny Cluny Églises du Pays Musées bourbonnais Châteaux

LA RÉSIDENCE DES « DUCS DE BOURBON »,
À SOUVIGNY (Allier)
Par Dominique LAURENT

ombien d'habitants de Souvigny savent-ils que cette bâtisse, longtemps délabrée, rue du Château, située à une dizaine de mètres de l'église Saint-Marc (sauvée depuis une dizaine d'années, par sa conversion en musée de 1978 à 1994, après avoir successivement servi de marché couvert puis de garage aux voitures des P.T.T.), est l'ancienne résidence ducale ?
Elle est composée de plusieurs bâtiments. Son architecture n'est pas spectaculaire, mais il subsiste encore de nombreux témoignages de sa splendeur. La cohabitation avec le Prieur et les moines interdisait qu'elle présentât des attributs militaires. Seule, sur la rue du château, une tourelle évoque un poste de garde. Quand il institua sa Chambre des Comptes, en 1374, Louis II avait prévu son implantation à Souvigny ("nous avons une chambre des comptes qui se tiendra continuellement en notre hôtel de Souvigny"). Mais, les moines et leur prieur, dont les droits avaient souvent été bafoués, notamment sous les Archambaud, sourcilleux quant à leurs prérogatives, durent voir d'un mauvais oeil l'installation d'une administration ducale permanente qui aurait pu porter atteinte à leurs privilèges. Sa présence se fit donc discrète : le 6 novembre 1376, un conseil ducal se réunit à Souvigny, le bailli de Bourbonnais tint une audience en mai 1377, non sans avoir dû auparavant obtenir l'approbation du prieur. Rapidement, la Chambre des Comptes s'installa à Moulins.
Anne Dauphine, comtesse de Forez, avait reçu la châtellenie de Souvigny en douaire après son mariage avec Louis II. Elle y demeurait fréquemment. Les comptes de sa "maison", déposés aux archives départementales de la Loire ou dans celles de la société de la Diana, à Montbrison, nous instruisent de ses déplacements, et de la durée des divers séjours qu'elle effectuait dans chacune de ses résidences, séjours qui lui permettaient d'aller à la rencontre de ses sujets et de faire ainsi reconnaître son pouvoir.
La cour du vieux château à Souvigny.

Les séjours d'Anne Dauphine à Souvigny

du 1er mai 1382 au 31 juillet 1383, soit 468 jours : 355 jours 70% du temps,
du 6 septembre au 9 décembre 1409, soit 117 jours : 35 jours 21% du temps,
du 1er janvier au 2 février 1417, soit 33 jours : 14 jours 33,3 % du temps.

De quelle époque date cette demeure ? On sait qu'en octobre 1378, le duc de Bourbon l'avait fait agrandir par l'acquisition, auprès d'un bourgeois de Bourges, d'une maison et de ses dépendances "vocatas domos auz Palordes". Par la suite, l'hôtel ducal était le plus souvent désigné comme l’"hôtel aux Palourdes". Nul document ne nous permet de connaître ses dimensions : la résidence fut agrandie par des ajouts réguliers. En 1431, on fit racheter par Jean Fouet la maison saisie sur Hugonin Alery, joignant l’"ostel Monseigneur le duc, appelé des Palordes", séparée de celui-ci par une "ruette entre deux". Simple prête-nom, Fouet s'empressa de la rétrocéder au duc deux mois plus tard. Le plan cadastral de 1831 permet d'imaginer comment se présentait la résidence ducale à la fin du XVe s. : elle était constituée de deux ensembles de bâtiments, centrés autour de deux cours.

L'hôtel ducal se composait d'une haute tour, couverte de tuiles plates, dont deux "milliers" furent fournis en 1412 par Berthomer Gillet, d'Agonges. Sur le toit, le Moulinois Jean Gadon, "enduiseur et couvreur de maisons" avait cette même année "monté et estagé le nye de la Cigoigne, sur la haulte tour de l'ostel Madame la duchesse", Pierre Terry, serrurier de Souvigny, fut, quant à lui, chargé de "fere le roe du nyc de la Cigoigne, fecte et mise de novel sur la haulte tour de l'ostel mad.dame". Les mentions de passage et d'étapes de cigognes n'étaient pas rares en Bourbonnais, au Moyen Age : il existait également une tour de la Cigogne à Moulins, sur l'enceinte de 1461, et un champ de la Cigogne, le long de l'Allier, près du château de Belleperche.
Dans l'enceinte de l'hôtel ducal, une chapelle était dédiée à sainte Catherine, Messire Jean de Chagi, prêtre, en était vicaire au début du XVe s.. On sait qu'elle était éclairée au moyen de "verrines" ou "verrières" dont l'entretien était assuré par Gilbert Gallant, verrier de Monseigneur, venant spécialement de Moulins pour ce faire. Un autre symbole de la noblesse de cette demeure était l'existence d'un colombier. Les comptes nous apprennent que l'on dépensait régulièrement de l'orge et des fèves pour nourrir les "colons du colombier de Madame, étant à Souvigny".
Pour assurer la restauration de toute la maison ducale, la présence d'une cuisine, bâtiment à part du reste de la demeure, était indispensable : la réfection de sa toiture était un souci constant du "maître des dépenses" de la duchesse. On l'assurait régulièrement, par tranches.
La cuisine communiquait avec la cour : elle avait donc un accès direct au puits. Les fumées et les odeurs étaient évacuées vers l'extérieur.
Les comptes des hôtels peuvent donner un aperçu de l'alimentation du château : les dépenses engagées journellement pour le compte de la maison de la duchesse, qui résida à Souvigny du mardi 12 janvier au samedi 30 janvier 1412 (n.s.) sont contenues en un registre. Quelques feuillets sont effacés : néanmoins, on connaît le détail des achats effectués au cours de 14 journées. On mangeait beaucoup de viande, notamment du mouton. Les légumes verts et même les légumineuses semblent avoir été ignorés. Pas de fruits, peu de desserts. Les menus manquaient de" variété : pratiquement, on retrouvait du mouton chaque jour (la chair d'un mouton entier revenait à 8 s., quand le salaire journalier d'un ouvrier s'élevait à 2 s. 6 d.. Il s'agissait donc d'une nourriture bon marché, car il faut considérer que chaque jour l'on nourrissait une trentaine de personnes). On retrouvait quasi quotidiennement de la volaille : poule, cochet ou chapon. On faisait maigre le vendredi : le 15 janvier, on mangea des oeufs et du riz (2 livres). Ce jour-là figurait en compte l'achat de gingembre, cannelle, clous de girofle, safran, amandes et sucre. Il est vraisemblable qu'on ait, à cette occasion, constitué des réserves de ces condiments. Le 22 janvier : 45 oeufs et de l'huile servirent à confectionner de grosses omelettes, tout comme le 29 janvier. Et ce fut tout ce qui fut proposé aux menus. Le vin était "pris en garnison" : on n'en buvait pas tous les jours. Il figure en sortie du stock les 12, 13 et 14 janvier : on en consomma entre 4 et 5 setiers au cours d'une journée (on sait qu'à Souvigny, le setier de vin valait environ 7,5 litres : la consommation s'élevait à environ 30 litres. La maison ducale se composant d'une quarantaine de personnes, cette quantité était raisonnable. Anne Dauphine devait prôner la tempérance, car diverses études nous apprennent que la règle était plutôt aux excès en matière de boisson). Le pain était cuit au château et « mis en garnison », exception faite du jeudi 14 janvier. Ce jour-là, outre les 4 douzaines de pain prises dans les réserves du château, on dût aller en acheter 2 à la « pâtisserie » de Souvigny.
Devant la cuisine, une "galerie" permettait de gagner le "petit Pourtal" du château (ce qui sous-entend qu'il y en avait un grand). À côté de la cuisine, existait un four, que l'on avait également recouvert de tuile plate et creuse. Au rez-de-chaussée était situé un garde-manger, auquel on accédait par une marche en "pierre de taille" et qui complétait ces bâtiments dévolus à l'intendance. À titre de comparaison, on put évoquer le château de Chantelle. Tout comme celui de Souvigny, il se composait de nombreux bâtiments non résidentiels et de bâtiments à usage du « commun », c'est-à-dire les gens qui accompagnaient les ducs et duchesses dans tous leurs déplacements. On y trouvait pareillement la "vieille cuisine", abattue en 1499, ainsi qu'une "maison de mad. dame, où l'on faict son garde-manger ». Dans deux actes, on évoque l'achat de maisons ou "chambres", contiguës à la "grant salle de mad dame où elle fait le manger du commun". En 1502, Anne de Beaujeu acheta deux maisons dans la basse-cour à Jean Senat, notaire du Bourbonnais. Elle en fit abattre une pour bâtir la nouvelle cuisine, et la seconde fut conservée en l'état, car composée d'une "chambre haute, carronnée, bien doublée, et un petit grenier dessus et varrière et fenestrages et au-dessous à un sellier pour tenir quatorze ou quinze tonneaux de vin". Dans la troisième maison "on fait à présent fourrier". Un autre bâtiment utilitaire était, à Souvigny, la "taillanderie", pourvue de tables pour que les taillandiers puissent accomplir leur travail : 13 panneaux de "vairrières" y étaient entreposés lors de l'inventaire de 1471. C'est le seul atelier qui nous soit connu, avec le "galletas" où en 1412, on avait installé les artisans chargés de faire l"'imagerie de Monseigneur et de Madame". Fut-ce au château que Jacques Morel, recruté par le duc pour la sculpture de son tombeau, et astreint à résider à Souvigny pendant ce temps, fut hébergé en 1448 ? Il y avait Chantelle des étables, vraisemblablement présentes à Souvigny, bien qu'on y ait jamais fait allusion. L'une d'elle était une dépendance de l"'enfermerye".

Les pièces communes ou "salles" constituaient l'essentiel de la demeure : on sait qu'existait au début du XVe s. à Souvigny une "grande salle" et une "petite". La grande était prolongée par un préau. On n'avait aucune théorie architecturale, exception faite en matière militaire. Quelques détails permettaient d'agrémenter la demeure : telles ces fenêtres « flamenches » dont il est fait mention en 1414. Les bâtiments à vocation résidentielle étaient constitués d'un assemblage de pièces, réunies entre elles par des galeries bois, signalées également dans les maisons des bourgeois aisés où elles reliaient différents corps de bâtiments, autrefois indépendants, mais réunis grâce à des achats successifs par un bourgeois aisé dans le but de les transformer en un "hôtel particulier". Le « commun » disposait de sanitaires : les "chambres aisées" dans la tour. L'évacuation n'avait sans doute pas été très bien étudiée : on dut, en 1412, y faire un grand "pertuis" ou trou, pour les nettoyer, car "elles estoient toutes comblées et ne pouvoient nettoyer sans rompre le mur". On retrouve aussi à Chantelle, ces bâtiments dévolus au "commun". Le château avait une fonction de réception et d'accueil : une grande cuisine et une grande salle à manger concouraient à permettre le rassemblement des nobles du voisinage, ou du conseil ducal. On recevait régulièrement des invités à la table de la duchesse : Madame de Faugirolles (Feugerolles, sans doute, au sud de Saint-Etienne) les 12, 13, 14 et 15 janvier 1412, Le Breton, capitaine de Souvigny les 15 et 20 janvier, le père d'Anne Dauphine : Béraud Dauphin et 5 de ses écuyers, le 19 janvier, la femme et la fille de Jean Oncle, la femme Chambolle, la Pigon et sa fille le mercredi 20 janvier (on les avait conviés à assister également à la "petite messe"), Jean Oncle, sa femme, sa fille et une autre femme dont le nom est effacé le dimanche 24 janvier (ils assistèrent à la "grandmesse" en compagnie de la duchesse). L'importance des bâtiments "communs" par rapport aux appartements privés s'explique également par la composition de la "maison" du duc ou de la duchesse, qui les suivait dans tous leurs déplacements, de Souvigny à Moulins, de Moulins à Bourbon, de Bourbon à Saint-Germain-Laval, de Saint-Germain à Cleppé, à Chevagnes, la Chaucière (près de Vieure), Murat ou Chantelle, Montbrison...

Les appartements privés de Souvigny semblent avoir été réduits, au temps d'Anne Dauphine, à la chambre de Madame la duchesse" et à celle de "Mademoiselle", sa fille, adjacente à la chapelle. Il n'est jamais fait allusion aux appartements du petit "Jean Monseigneur", qui accompagnait pourtant régulièrement sa mère dans ses déplacements puisque sa "norisse" et sa "berceresse" étaient rémunérées en 1382 et en 1383 sur le compte de la duchesse. Dans la chambre de Madame, se trouvait une cheminée, luxe qui paraît avoir été réservé aux appartements seigneuriaux. La chambre de Mademoiselle était complétée d'une chambre basse et un "portal" lui permettait d'accéder à sa "grand chambre de parement". Les garde-robes, contigües aux chambres, contenaient les effets personnels des ducs et des duchesses. Les appartements privés étaient également pourvus de "retraits", carrelés : Jean Celier, maçon, fut rémunéré pour "carrouer les chambres aisées de la chambre basse de mad. dame".
La résidence ducale de Souvigny connut par la suite les faveurs du duc Charles II : elle était entourée de nombreux autres hôtels particuliers qui lui faisaient, littéralement, de l'ombre, comme l’"hôtel, court et jardins de feu Gillet Le Tailleur", mais surtout celui de feue damoiselle Suzanne du Breuil", que son veuf, Jean de Foulet, écuyer, ,avait entrepris de faire rénover. Séparé seulement de la demeure du duc par une "petite ruelle entre deux", il empêchait la lumière d'éclairer cette dernière. Charles envisagea de la faire abattre, mais ne put mener à terme son projet, car il mourut à Moulins des conséquences d'une épidémie, causant un préjudice au propriétaire, qui avait renoncé à entreprendre des travaux. Sa maison était ainsi tombée "du tout en ruyne et cadance" ; il réclama des dommages et intérêts à la duchesse douairière et à son fils. En 1471, l'agencement des pièces paraît avoir peu varié, si ce n'est que le duc occupait alors la chambre "regardant sur la chapelle", autrefois dévolue à la fille d'Anne Dauphine. La duchesse douairière bénéficiait quant à elle d'une "garde-robe neuve" (pièce à usage de garde-robe).
Les comptes de la duchesse Anne Dauphine nous apprennent que les salles communes ou les appartements ducaux étaient éclairés chaque jour grâce à 2 livres de chandelles de « sif ».
Le château de Souvigny fut donc agrandi au milieu du XVe s.. On ignore ce qu'il advint ultérieurement. Connût-il encore la faveur ducale ? À la fin du Moyen Age, la fonction de résidence et d'agrément fut ajoutée et prévalut sur l'utilitaire, dans certaines demeures, notamment à Beaumanoir, à Yzeure, où un parc fut aménagé. On y avait installé un labyrinthe, une volière, une motte dite des "Congnilz" et une fontaine. L'ancienne forteresse de Chantelle, quant à elle, était dotée d'une "vieille tour", ceinte de murailles, pourvue d'une basse-cour dans laquelle les notables avaient au cours des siècles construit leurs demeures. Pour faire une demeure d'agrément. Anne de Beaujeu racheta diverses maisons de la "basse-cour", notamment "la maison, cour et aisement" que Bodard Charbonnier, écuyer, seigneur du Cloz Arnault en la paroisse de Louchy, y possédait et celle "haute et basse" que Pierre Mareschal, seigneur de Fourchault détenait à l'intérieur même de la première enceinte. La maison de feue Margot à la Marc fut « convertie en jardin ». Ces opérations se déroulèrent entre 1500 et 1514.

En 1471, un inventaire du château de Souvigny fut dressé sous la férule de Thierry Fouet, conseiller du duc, de Guillaume Lappelin, secrétaire de Madame la Grant, assistés de maître Geoffroy Miles, lieutenant général de la châtellenie et de Henri Michecte, procureur, à la mort du concierge : Chatard Courtet.
Il semble que le logement du concierge, non décrit à la fin du XIVe-début du XVe s., était indépendant et doté de sa propre cuisine. Plus souvent habité que le reste du bâtiment, il hébergeait une "caige à papegau" (perroquet), un grant "bresseau (berceau) d'enffent" et une "petite mait affere pain ". Le petit mobilier était rare dans la demeure ducale: certes, on laissait "en garnison" quelques pièces comme les deux "grans bassins d'airain des garnissons de mad. dame" que Jean de la Monte, meignan (chaudronnier), demeurant à Souvigny, fut chargé d"'adouber et reppareiller", mais on le faisait rarement. Au château de Montluçon, seul un plat et une saucière d'étain furent trouvées dans une armoire.
On transportait en effet ce dont on avait besoin, de résidence en résidence : le charretier de la garde-robe suivait la duchesse en permanence. S'il y avait quelque vaisselle de valeur, elle n'était pas conservée dans une résidence : le 18 avril 1410, Micho Cordier, secrétaire et trésorier général du duc reçu de celui-ci, pour les vendre à Paris afin de s'acquitter de ses dettes, car "ne trouvons manière plus presle de faire finance" 2 grands pots dorés pesant 25 m 111° et 1 nef dorée pesant 21 m 6°, pour une valeur de 322 l, 19 s. 8 d., 11 grands plats d'argent blanc, 21 petites écuelles, 20 écuelles d'argent blanc, 10 placell(es) de fruiterie, 4 grands pots d'argent, 2 « esguelles » d'argent blanc "en façon de poires", 1 bassin, 1 pot d'aumône et 3 tasses "à sovage" dorées. Le tout était gardé, sous la responsabilité de Charlot Félix, concierge de l'hôtel de Moulins, en la Chambre des Comptes.
On réalisa, de plus, la vente du corps d'une "ymaige de Monseigneur Saint Louis", en or, pour 60 l. t. par marc, celle du "pié ou sovaige" dudit "yrnaige (...) qui estoit d'argent doré et esmaillé des armes de Monseigneur de Berry et de feue Monseigneur de Bourgogne", pour 7 florins par marc et celle d'un "gobelet d'or couvert, qui naguieres a été fait et puis n'a pas plu à Monseigneur la façon" pour 82 l. 5 s. 9 d.. La valeur du temps de travail nécessaire pour réaliser ces pièces, était, comme toujours au Moyen Age, négligeable par rapport à celle de la matière première. Le duc ne considérait pas qu'il possédait une belle collection d'objets d'art, mais qu'il avait des biens d'une valeur de 3396 l. 14 s. 4 d. t : il était donc normal que ces objets se trouvent entreposés non pas dans une de ses résidences, mais dans sa Chambre des Comptes. Peu de meubles, et de peu de valeur : bancs, tables, tréteaux, en chêne ou en sapin, qualifiés très souvent de "méchants", c'est-à-dire usagés. Ainsi à Souvigny, en 1471, restaient au château : 8 grands bancs dont des bancs à dos, 19 petits bancs "simples", 15 tables (c'est-à-dire de simples planches), 34 tréteaux (sur lesquels on posait les "tables"), 6 buffets (dont un à deux "layettes"), 7 dressoirs, 6 coffres, 4 lits (dont 2 grands lits et une couche), 24 châlits, 2 arches sans couvercle, une arche, 2 tablettes, une "aulmoire", 4 "escabelles" (escabeaux) de chêne, 2 chaises pertusées (percées), 2 chaises à dos, 2 tabliers à échiquier, 3 torchères, une étuve. Dans la cuisine furent trouvés 6 bancs de boucherie (ce qui tendrait à. prouver que l'on débitait beaucoup de viande). Les lits, stricto sensu, étaient la garniture des châlits.
L'inventaire du château de Montluçon, établi par Louis Besson, lieutenant de châtelain et Antoine Baneau, son greffier, nous fournit quelques détails supplémentaires. Dans la chambre où couchait la duchesse, il y avait 3 lits "garnis de coecte et coussin", 2 "ciels" (de lit), dont un serge, une "vielle couverture de fleur de lys », 6 pièces de tapisserie et verdure, 4 pièces de tapisserie de chardon.
Le sol était recouvert de trois petits tapis de Turquie et un grand tapis également "de ouvraige de Turquie". On y trouva "un tapis à mettre sur une table, tout neuf, que led, Jacques (le concierge) nous a dict que sond. maistre (Petit Jean le Tapissier) l'avoit fait et le vouloit pourter en sa maison à Molins". "Mais s'il estoit à Madame riens n'en sest !" En outre, il y avait un grand tableau illustré de 1'"imaige Nostre Dame", une pièce de tapisserie sur le thème des "Fagouteurs", 5 pièces d'oranges rouges (?) et 4 petites pièces d'oranges. Au "logis hault" où devaient loger les gens de sa maison, il y avait 15 "lys garnit de cuissins dont il y en a deux petis", 10 pièces "tant lodiers que contrepoinctez", 14 couvertures blanches confectionnées peu de temps auparavant à l'occasion de la venue de la duchesse à Montluçon, et des garnitures de lits : 2 ciels de verdure et un ciel de chardon, 4 pièces de verdure, 3 rideaux verts et rouges, 1 rideau vert, rouge et jaune, 5 pièces de couverture de serge verte, un petit ciel de serge blanche et "violée" avec le "doulxciel" et 3 rideaux, 9 pièces de serge rouge, un ciel et un rideau de serge rouge. De plus, il y avait 2 parements d'autel "à la façon de Turquie" et un tabouret, défoncé sur l'un de ses côtés. On ignore tout du mobilier de la "chambre du châtelain", si ce n'est qu'elle contenait trois vieilles pièces de tapisserie à chardon.
Le nombre de lits recensés semble indiquer que les dames de compagnie couchaient dans la même pièce que la duchesse. Les lits étaient surmontés et entourés de boiseries et de rideaux ("ciel" et "douxciel"). On y accédait souvent par une marche ainsi dans la chambre du duc, à Souvigny, "un grand châlits de cheisne foncé, garny de marches à l'entour", est mentionné en 1471. On créait un espace clos et on évitait ainsi que le froid ne pénètre, en hiver. Il est probable qu'on ait dormi à plusieurs dans un même lit, toujours dans le même but de conservation de la chaleur. Les 15 lits du "logis haut" confirment que les membres de la maison ducale vivaient en dortoir, et "commun". Tentures et draps (linceulx) étaient utilisés jusqu'à la corde : en août 1413, Ysabeau Tramblese, couturière passa 10 journées à "reppareiller plusieurs plo(..)tées de coutés et plusieurs linceulx des garnisons dud. hostel ».
La décoration des demeures seigneuriales paraît être restée très simple jusqu'à l'avènement des Beaujeu. L'écu ou le blason, appelé aussi "armes" apparût au XIIIe s. et identifiait les familles : c'était un motif très utilisé dans les tentures à cause de ses couleurs vives. Il signait la domination du seigneur. A Souvigny, la garde-robe de la duchesse était pourvue de verrières « es armes de Madame » (les maisons bourgeoises étaient quant à elles dotées de fenêtre garnies de parchemin) et celle du duc de "huit paneaulx de voire est armes de Monseigneur et Madame". C'est également dans la garde-robe de la duchesse qu'était entreposée « une chaise à dos painte aux armes de Madame la duchesse de drap bleu". Les couleurs étaient peu variées. Il s'agissait la plupart du temps de couleurs primaires : les couvertures et rideaux étaient verts, rouges, plus rarement jaunes. Le violet était rare. Associé au blanc, il teintait à Montluçon un "petit ciel" de serge. Les meubles étaient peints : ainsi "une grande cheize peinte de rouge en la chambre où se fait la garde-robe de Madame la Grant" à Souvigny, en 1471. Au début du XVIe s., en revanche, on semble avoir consenti quelques efforts en matière de décoration, ce qui correspond à une évolution des mentalités. Le confort devenait un élément de vie important. Les motifs décoratifs outre les armes ducales, étaient plus variées : le chardon ou les "fleurs de lictz" (lys). Tapis turcs et verdures flamandes étaient également la mode. Le motif de l'homme sauvage ornementait les pieds de vase. Un seul thème champêtre, celui des « Fagotteurs ». Parmi les objets de la chapelle, statuettes, reliquaires... servaient aux actes de dévotions. Il est vraisemblable que la décoration du château de Souvigny ait pareillement évolué. On n'a pas connaissance de l'existence d'une bibliothèque à Souvigny, mais on sait qu'il y en existait une au château de Moulins, puisque son inventaire nous est parvenu.
Contrairement à ce que nous décrit E. Sirot-Chalmin pour le château d'Annecy, à la fin du XIVe s., il semble que les châteaux des ducs de Bourbonnais soient longtemps restés de conception assez simple : peu de chambres, mais des "appartements" où cohabitaient la duchesse et sa maison le duc et ses chevaliers, la duchesse douairière et ses femmes de chambre. Ce n'est guère qu'à la fin du XVe s., que sous l'influence des Beaujeu, on vit apparaître des "maisons de plaisance" ducales. Les forteresses, dont les éléments militaires avaient été réparés à la demande du duc Louis II à la fin du XIVe s., furent aménagés plus confortablement pour la résidence, dans la mesure du possible. La rusticité du "château" de Souvigny fut sans doute la cause de son abandon. Il avait néanmoins été occupé de façon intensive pendant deux siècles au moins. II parait avoir connu peu de remaniements. Dans une des cours, on peut voir un bâtiment à pans de bois, bien rénové par son propriétaire. La partie du bâtiment qui menaçait de s'effondrer dans la rue du château a été rénové par son propriétaire vers 1990. II serait très intéressant de pouvoir procéder à des fouilles, dans les deux cours : il est très vraisemblable qu'y est enfoui du mobilier qui compléterait notre information sur la vie quotidienne au Moyen Age.


Annexes :

La maison d'Anne Dauphine se composait, en 1383, de 36 personnes :
« Si après s'ensuivent les personnes qui prennent gaiges en l'ostel Madame de Bourbon pour ce présent mois de mars :
Jehannette de Germouilles : 40 s.
La Dauphine: 40 s.
un écuyer tranchant: 40 s.
ung escuier de cuisine : 33 s. 4 d.
messire Oudin, feseurz des despenses : 33 s. 4 d.
Guillaumin, le tailleur de Madame: 33 s. 4 d.
Guillaumin le Sauxer, queux : 33 s. 4 d.
les frères confesseurs : 33 s. 4 d.
une femme de chambre : 16 s. 8 d.
Jehannin de Soissons, clerc des offices : 13 s. 4 d.
Cornul, vallet de chambre : 17 s. 4 d.
Petit Jehan, bouteller : 14 s. 4 d.
un forrier : 13 s. 4 d.
un polaller : 13 s. 4 d.
le maréchal : 13 s. 4 d.
Colin, valet de garde-robe : 13 s. 4 d.
le boucher : 13 s. 4 d.
le charreter de la garderobe : 13 s. 4 d.
Santerre, vales des levrez : 13 s. 4 d.
Hertellin, son vallet : 20 s. (sic I)
le Gascart, messaiger : 10 s.
un fruitier: 13 s. 4 d.
Pierre le Boutellier : 8 s. 4 d.
e vallet de la boutellerie : 8 s. 4 d.
le valet du charreter : 8 s. 4 d.
Boutant, aide de cuisine : 8 s. 4 d.
Bataille, aide de forrière : 8 s. 4 d.
Hugues des Somerz : 5 s.
Durant, vallet des palleffreniers : 5 s.
le pâtissier, son valet : 20 s. (sic I)
Jean Monseigneur disposait de sa propre « maison » :
la dame de Saintes (ou de Sanices ?) : 40 s.
le norisse Mons. : 40 s.
la berceresse Monseigneur : 40 s.
une femme de chambre : 13 s. 4 d.
Robinet. vallet de forrière : 13 s. 4 d.

Le seul officier affecté au château parait avoir été maître Pierre Joly, fontenier (de Moulins) et "portier de l'ostel Madame à Sovigny".

En 1500-1501, Anne de Beaujeu pensionnait :
Madame de Chauldesaigue, sénéchale de Bourbonnais : 400 l, t.
Mademoiselle de Montgascon : 400 l,
Mademoiselle de Culant : 160 l,
Mademoiselle de Saint-Aulaire : 160 l,
Mademoiselle de la Rière : 160 l,
Mademoiselle de la Barbelinière : 160 1,
Mademoiselle de Mombardon : 160 l, t,
Mademoiselle de Chasteauvieux : 160 l, t,
Mademoiselle de Bouée : 160 1, t,
Mademoiselle de la Rochefoucauld : 50 l,
Mademoiselle de Beauchamp : 50 l,
Mademoiselle des Cars : 50 l,
Mademoiselle du Lude : 50 l,
Mademoiselle de Champeroux : 50 l,
Mademoiselle de Montaré : 50 l,
Mademoiselle des Peaulx : 50 l,
Mademoiselle de Montfaucon : 50 l,
Mademoiselle du Peschin : 50 l,
Mademoiselle la petite Saint Aulaire : 50 l,
Mademoiselle de Villeneufve : 50 l,
Mademoiselle de Mons : 50 l,
Mademoiselle de Laborde : 50 l,
Mademoiselle de Saint-Haon : 25 l (pour demi année seulement).

Deux d'entre elles : Mademoiselle de Montaret et Mademoiselle du Peschin portent le nom de seigneuries situées dans la paroisse de Souvigny. Mesdemoiselles de Saint Aulaire (Hilaire ?), Chevenon, Champeroux (Champroux) étaient sans doute les filles de gentilhommes bourbonnais. Mesdemoiselles de Saint-Haon et de Montfaucon étaient vraisemblablement foréziennes les femmes de Mademoiselle :
Madame de Talaru, gouvernante de Mademoiselle : 240 l,
Mademoiselle de Sarre : 160 l,
Mademoiselle de Chasteauvieulx : 50 l,
La petite Chasteauvieulx : 50 l,
Mademoiselle La grant Serence : 50 l,
Mademoiselle la petite Serance : 50 l,
Mademoiselle de Lisle : 50 l,
Mademoiselle Droyne : 50 l,
Mademoiselle de la Troullière la jeune : 50 l,
Mademoiselle de Rochefort : 50 l,
Mademoiselle Baudiment : 50 l.

Le nombre de dames et de demoiselles de compagnie s'était considérablement accru en un siècle.
Les femmes de chambre étaient :
Catherine Maroque : 100 l,
Anne Dubois : 100 l,
Marize des Rousiers : 100 l,
Catherine de Gratin : 100 l,
Anne du Pyn : 50 l,
Jeanne Tretin : 50 l,
Jeanne de Rohan : 50 l,
Bonne Cambière, naine de madicte dame : 36 l, t,
Etiennette : 36 l,
Perrine : 36 l,
La lavandière de Madame: 60 l,
Alizon de Paris : 24 l,
La Castellaine : 36 l,
Le femme Jean Joly : 24 l,
Marie Lucasse : 60 l,
Le veuve feu Robert Lefevre : 60 l.

En outre, deux d'entre elles recevaient une rémunération complémentaire :
Catherine Maroque : 50 l, « pour les menus de mademoiselle de Rosmont »,
Jehanne de Rohan : 50 l, « pour les menus de mademoiselle de Rohan ».
enfin :

la mère nourrice de Madame, pour sa pension : 100 l, t, et 30 l, pour les "menus des filles qu'elle a en garde".

Les demoiselles de compagnie semblent donc avoir été très encadrées. Les repas, qu'elles prenaient ensemble, paraissent avoir été quotidiennement étudiés par l'ancienne nourrice de la duchesse. La maison se composait également d'hommes : quatre hommes d'armes (sa garde), des administrateurs, des artisans et, tout comme Anne Dauphine, des domestiques :

Pierre de Marconnay : 160 l,
Monsieur de Saint Aulaire : 160 l,
Pierre de Bois-Bertrand, écuyer : 160 l,
Maître Jean de la Barre, secrétaire de Madame: 100 l,
Jacques Dubois, écuyer,
Pierre, l'enlumineur de Madame : 100 l,
Guillaume, tailleur de Madame : 90 l, t,
Guillaume Brun : 60 l, t,
Colin Dongier : 60 l, t,
Jean Pinet : 60 l,
Macé Gregereau, apothicaire de Madame : 36 l, t,
Jean Voeron : 24 l,
Philippe Poyret, cordonnier de Madame: 12 l.

Il convient de rajouter à ce personnel permanent des employés occasionnels, comme Guillaume Moissoner, qui, en 1412, reçut 4 septiers de seigle « pour les bons et agréables services à porter l'eau en la cuisine de Mad. Dame ».


La consommation d’aliments

Chair d’un mouton : 10 jours sur 14
Chappons, poule ou « cochets » : 9 jours sur 14
Fromage « vieux » : 2 jours sur 14
Œufs : 6 jours sur 14
Oie grasse : 3 jours sur 14
Andouilles, boudins, cervelles : 3 jours sur 14
Longe de porc : 2 jours sur 14
Longe de veau : 2 jours sur 14
Lièvre : 2 jours sur 14
Pièce de bœuf « à faire pâté » : 1 jours sur 14
Riz : 1 jours sur 14

Châteaux autour de Souvigny :

isite de l'église prieurale toute l'année et tous les jours (sauf mardi et lors des célébrations religieuses) au départ des musées

La visite de l'église prieurale (au départ des musées) et l’ouverture des musées et jardins à lieu du 2 janvier au 31 décembre toute l'année et tous les jours (sauf mardi et lors des célébrations religieuses pour la visite commentée de l’église)
Horaires : 9 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures ; du 1er juillet au 31 août le musée est ouvert jusqu'à 19 heures
-Les tarifs des visites sont les suivants :
Tarifs individuels : visite guidée de l’église, 4€ ou accès aux musées et jardins, 4€ ; forfait visite guidée de l’église et accès musées et jardins, 6,50€
Tarifs groupes (30 personnes) : visite guidée de l’église, 3,20€ ou accès aux musées et jardins, 3,20¤ ; forfait visite guidée de l’église et accès musées et jardins, 4,80€.
Tarifs enfants : gratuit jusqu’à 11 ans ; accueil de groupe scolaire, 1€.
Contact : Musées de Souvigny, BP 27, 03210 Souvigny ; téléphone, 04 70 43 99 75.

Bibliographie Allemand Allemand Anglais Hollandais

our en savoir plus sur la Colonne du Zodiaque, la monnaie de Souvigny, les Saints Abbés, la verrerie, etc. :

uelques vues sur Souvigny... Pour choisir un thème, cliquez sur le bouton correspondant :