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Les relations méridionales
Le mariage de Bonne de Berry avec le connétable Bernard VII, en décembre 1393, avait apporté la vicomté de Carlat à la maison d'Armagnac, déjà maîtresse du Rouergue. Le Carladez restera ainsi détaché de l'Auvergne jusqu'en 1477. On conçoit, dans ces conditions, que la Haute-Auvergne ait été ouverte aux influences méridionales durant tout le cours du XVe siècle. Par ailleurs, les déplacements de Jacques Morel, de Rodez (1448-1456) à Souvigny (1448-1453), ont favorisé les échanges artistiques entre Rouergue et Bourbonnais. A côté de la Déploration de Moulins (cf. p. 152), plusieurs maîtres ou ouvres sont les responsables ou témoins de ces relations privilégiées. Plus ou moins rescapées de l'incroyable vandalisme qui, a dévasté le prieuré de Souvigny, trois statues témoignent encore de la splendeur du mobilier de cet édifice: un grand Saint Pierre assis, jadis sur le tympan du portail (hauteur actuelle: 1,10 m), un saint Dominique, dont l'inscription se réduit à "S d (oming) o" (hauteur actuelle , 0,80 m) et une délicieuse "S. Maria Magdalena", seule intacte (h 0,62 m). ph. 310 à 312. La communauté de facture de ces statues est indiquée, soit par le décor damassé des manteaux (Saint Pierre, Sainte Madeleine), soit par les vêtements aux plis moelleux et gonflé d'air (Saint Pierre, Saint Dominique). La ciselure des vêtements est un procédé très rare en dehors de l'art italien. Reproduit un peu plus tard à Solesmes, ce procédé pourrait avoir une origine méridionale comme le suggère 13 Vierge d'Andrés Pi à l'Hôpital de Lerida (1454). Le décor damassé est rehaussé, sur le Saint Pierre, par des orfrois perlés où se mêlent des clefs entrecroisées ainsi que les monogrammes "am" et "ihs". Quant au drapé, il est traité avec une remarquable aisance. Les épaules couvertes du scapulaire, Saint Dominique a revêtu une tunique à manches évasées et revers de fourrure. Les plis tuyautés et cassés au niveau des chevilles donnent à la silhouette une rare élégance. Si l'on était en Bourgogne on ne manquerait pas de vanter les mérites de cette statue, heureusement mise en valeur, aux côtés du Saint Pierre, dans le musée de Souvigny. Chef-d’œuvre de grâce et de délicatesse, la Sainte Madeleine est sans doute la pièce la plus précieuse de cet ensemble. Enveloppée d'un long manteau, qui recouvre la tête, mais dégage la chevelure ondée, Marie-Madeleine tient un phylactère et un vase de parfum. D'emblée l'allure trapue et l'ampleur du drapé évoquent l'art bourguignon et en particulier la Madeleine de Saussy. Pourtant la statue de Souvigny révèle un charme très particulier : le hanchement du corps est contrebalancé par l'ostension du vase de parfum et l'inclinaison de la tête ; tous ces détails font penser à l'art rouergat. La pose de la tête, le pincement des paupières et le rythme des ondulations annoncent la merveilleuse Vierge d'Inières, venant de Rodez (1470). Mais le grand front bombé est plus spécifique de l'art bourbonnais. Une Sainte Marguerite de l'ancienne collection Molinier, exilée à New York, pourrait en être rapprochée pour ses damas et sa chevelure à crans. ph. 313 |
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![]() Sainte Marie Madeleine (sacristie de Souvigny).
Motif flamboyant au revers du manteau de la Sainte Madeleine de Souvigny
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