L'ancienne église Saint-Marc, autrefois église paroissiale, est aujourd'hui un auditorium dans lequel concerts, expositions et conférences se succèdent (voir évènements annuels).
Historique par Fang-Cheng Wu

Saint-Marc était l'église paroissiale de Souvigny. Appartenant à l'ancien diocèse de Clermont-Ferrand, elle dépendait du prieuré saint-Pierre & saint-Paul de Souvigny, et n'était séparée de celui-ci que par un cimetière. Il n'existe, à notre connaissance, aucun document qui mentionne les constructions romanes de l'église saint Marc. L'étude de l'édifice repose donc essentiellement sur l'analyse archéologique et stylistique . L'édifice comporte une nef de cinq travées, terminée jadis par une abside de plan semi-circulaire. Les bas-côtés, terminés chacun par une absidiole, sont voûtés d'arêtes, et séparés de la nef par des grandes arcades en arc brisé. La nef, sans éclairage direct, est aujourd'hui couverte d'un berceau de bois à la suite d'un écroulement des voûtes. Selon des observations de Pierre Pradel en 1938, des arrachements de voûtes alors visibles permettaient de reconstituer avec certitude une nef couverte d'un berceau brisé renforcé de doubleaux (1). Le parti architectural est en fait commun à une vingtaine d'édifices dans le Bourbonnais. Cependant, l'écroulement des voûtes a entraîné une importante transformation de l'édifice. Nous ne connaissons pas la date exacte de cet accident, mais un indice nous est donné par l'inscription" 1625 " gravée sur un chapiteau de la partie reconstruite.

Transformation
Aujourd'hui, outre le mur gouttereau du bas-côté nord, l'ensemble des deux premières travées occidentales semble être le résultat de la réfection du XVIIe siècle. Les deux piliers carrés ont une apparence massive, mais avec environ 110 cm. de côté, ils sont nettement plus minces que les autres, dont le noyau mesurant 80 cm. sur 80 cm. est cantonné de quatre colonnes engagées ou de pilastres dont les socles atteignent 40 cm. de profondeur. Les pilastres qui surmontent ces piliers carrés et s'élèvent jusqu'aux retombées des voûtes sont, d'autre part, moins saillants que ceux des autres supports. Que ces piliers conservent ou non des vestiges du noyau des piliers primitifs, il est évident que l'écroulement des voûtes avait fortement endommagé ceux-ci. Une réfection totale avait donc été sans doute nécessaire. Si les deux piliers s'étaient effondrés sous le choc provoqué par l'écroulement des voûtes, les arcades reposant sur ces piliers n'avaient pas dû davantage résister. La trace d'un cavet, au départ de l'arcade de la deuxième travée sud, doit cependant appartenir à l'arcade originelle. Les doubleaux qui séparent les première et deuxième travées des bas-côtés moins larges que les autres, datent également du XVIle siècle. Le changement de moulu ration des bandeaux horizontaux situés au-dessus des grandes arcades, la teinte plus terne des pierres, et la différence de mode de construction des arcades - comportant des claveaux souvent très larges - des deux travées occidentales témoignent aussi.

Restauration
Au lendemain de la Révolution, l'église fut désaffectée et vendue. Classée Monument historique en 1862, elle ne reçut des soins appropriés qu'à partir de 1918. A cette époque, l'édifice appartenait encore à deux propriétaires. D'après quelques photographies de 1914 et de 1916, l'édifice était divisé en deux entre la troisième et la quatrième travée par un mur monté jusqu'au niveau des chapiteaux hauts, les fenêtres étaient bouchées, le portail sud muré. Par contre, le mur sud de la deuxième travée avait été percé d'une large porte. D'autre part, il restait, semble-t-il, dans la deuxième travée du bas-côté nord une ossature de bois qui devait être celle d'une voûte montée en plâtre. Les restaurations visaient essentiellement à l'assainissement de l'église qui avait servi de grange, et à sa remise en état. Les premiers travaux de restauration portèrent sur la réparation des charpentes et des toitures. En 1923, la commune acheta l'édifice pour l'affecter à un marché couvert. L'architecte Chauliat, chargé ensuite de la restauration, supprima le mur qui coupait la nef en deux, fit remplacer les pierres usées, rétablit l'arc formant la cinquième travée, répara les parties ruinées des contreforts. En 1926, on enleva la maçonnerie de l'abside et installa à sa place un vitrage. Le dallage de ciment fut exécuté en 1929. Quatre voûtes d'arêtes furent refaites en plâtre sur lattes. Enfin, quatre voûtes d'arêtes, peut-être celles-là mêmes qui avaient fait l'objet de la restauration précédente, furent remontées en blocage de moellons par l'architecte Donzet en 1950. Il devrait s'agir de celles des deux premières travées des bas-côtés. En 1978, on y installa un musée.

Architecture
Les parties qui remontent à l'époque romane se répartissent en deux campagnes de construction bien distinctes. Dans le mur de la dernière travée du bas-côté sud, on remarque en effet, à l'intérieur, l'existence d'une coupure révélant une interruption dans les travaux de construction. D'autre part, tandis qu'à la plupart des contreforts correspond, à l'intérieur, un support engagé dans le mur, le plus oriental d'entre eux est nettement décalée cette réfection qui dut également concerner les bas-côtés.
vers l'ouest. Un autre contrefort, contigu, est disposé en biais à l'angle. Ce dernier, qui date sans doute du XVIIe siècle, a remplacé un contrefort roman dont on voit encore les arrachements, situé au même emplacement et qui aurait justifié le report vers l'ouest du contrefort voisin. Cette anomalie montre que les extrémités orientales de l'édifice sont antérieures aux autres, ce que confirme l'étude des techniques de construction et de la modénature.
Il ne reste aujourd'hui de l'abside que la courte travée droite qui la précédait. L'absidiole sud est voûtée en cul-de-four. L'arc d'entrée de l'abside et celui de l'absidiole sud sont en plein cintre, construits en petits claveaux allongés. Deux colonnes reposant sur de hauts socles encadrent l'entrée de l'abside et celle de l'absidiole sud. Les chapiteaux qui les couronnent sont d'un style différent de ceux du reste de l'édifice. Les arcades de la dernière travée orientale, pour leur part, retombent à l'est sur une simple imposte.
Le reste de l'église fut construit lors d'une seconde campagne, caractérisée par l'emploi de l'arc brisé et par un style de chapiteaux propre à la région voisine de Souvigny (fig. 5 et fig. 6). Au cours de cette campagne, on éleva le vaisseau central et ses collatéraux. Les arcs brisés qui surmontent l'entrée de l'abside et de l'absidiole sud correspondent, l'un aux voûtes de la nef, l'autre à celles du bas-côté sud. Ils constituent les témoins d'un remaniement qui n'a été mené à son terme qu'à l'absidiole nord, voûtée en cul-de-four brisé dont la hauteur correspond à celle du bas-côté nord. Dans la nef et les bas-côtés, divisés en cinq travées inégales, on peut toutefois distinguer deux modes de construction. Le premier, dans la partie orientale, se caractérise par des piliers à noyau carré cantonné de pilastres cannelés, et par des arcs de fenêtre en plein cintre construits en petits claveaux allongés (fig. 7). Le deuxième, dans la partie occidentale, se signale par des piliers à noyau carré cantonné de colonnes engagées, et par des arcs de fenêtre légèrement brisés construits en claveaux de moyenne dimension (fig. 8). Les deux modes de construction se rencontrent entre la troisième et la quatrième travée. L'axe de la nef est d'ailleurs dévié vers le sud à partir de la troisième travée, tandis qu'on observe une différence de forme dans les piliers se faisant face, entre la troisième et la quatrième travée: deux colonnes engagées et deux pilastres du côté sud, trois pilastres et une colonne engagée du côté nord.
On a longtemps pensé que ces deux modes de construction correspondaient à deux campagnes distinctes, et que la partie occidentale était antérieure à la partie orientale (5). Or, plusieurs faits vont à l'encontre de cette hypothèse. En effet, à la troisième travée du bas-côté nord, la fenêtre appartient au deuxième mode, tandis que la porte qui s'ouvrait au-dessous relève du premier. Ceci laisserait supposer que la partie orientale est la plus ancienne. Cependant, on observe le contraire à la même travée du bas-côté sud. En outre, les chapiteaux qui décorent les fenêtres ne diffèrent pas suffisamment pour qu'on puisse discerner un écart chronologique entre eux. L'existence de deux campagnes de construction distinctes dans la nef est donc en fait loin d'être certaine. Les chapiteaux de la nef appartiennent à deux types distincts: les chapiteaux corinthiens et les chapiteaux à rinceaux entrelacés. Mais l'un et l'autre type s'adaptent aussi bien aux colonnes engagées qu'aux pilastres (fig. 9, fig. 10, fig. 11, fig. 12). Dans le grand transept du prieuré de Souvigny et dans le chxur de Saint-Menoux, les supports comportent également tantôt des colonnes engagées, tantôt des pilastres, auxquels s'adaptent indifféremment ces deux types de chapiteaux. D'autre part, il existe au Montet des chapiteaux issus de la même famille que ceux de Saint-Marc dans une nef où il n'y a que des piliers à colonnes engagées. Distinguer deux campagnes de construction d'après deux types de supports ou de chapiteaux apparaît dès lors comme un critère plutôt incertain. A l'extérieur, la corniche continue et les copeaux qui présentent tous les mêmes caractéristiques, suggèrent pour leur part que les parties hautes de l'édifice font partie d'une seule campagne de construction. Nous sommes conduits en fin de compte à proposer une campagne de travaux exécutés par deux équipes de formation voisine qui auraient travaillé ensemble entre la troisième et la quatrième travée. Ainsi l'arc diaphragme qui sépare la troisième et la quatrième travée du bas-côté sud, dont l'arc supérieur repose d'un côté sur un dosseret et de l'autre, coincé avec la retombée de l'arc inférieur, sur un chapiteau, témoigne-t-il d'une mauvaise coordination entre les deux équipes.

Sculpture
Les chapiteaux corinthiens sont proches du schéma antique dont les principaux éléments sont repris; caulicoles, hélices et volutes, calice et échine apparente, feuilles d'acanthe et feuilles engainantes (fig. 9). Ces chapiteaux corinthiens, par la claire définition de la fonction de leurs éléments, sont des xuvres mûrement réfléchies, dont les solutions stables correspondent à une tradition bien établie. Il existe en effet beaucoup d'exemplaires de ce type dans les édifices autour de Souvigny, qui ne diffèrent que par des détails. Cependant, les étapes d'une recherche antérieure sur le corinthien semblent manquer en Bourbonnais, tandis que l'interprétation du schéma antique suggère un rapprochement avec les solutions bourguignonnes. Des variantes existent cependant. Ainsi il arrive que sur certains chapiteaux, les feuilles d'acanthe se transforment en plaques gravées d'acanthe, disposées en quinconce, et constituent deux couronnes au détriment des autres éléments corinthiens. Sur d'autres, c'est une sorte de feuilles lisses qui remplace la feuille d'acanthe sans que le schéma corinthien soit profondément modifié (fig. 10). Dans les deux cas, l'étroitesse des rapports avec le corinthien antique est indéniable. Dans les chapiteaux à rinceaux entrelacés, la composition est indifférente à l'épannelage de la corbeille. Les tiges sortent souvent de la bouche d'un ou plusieurs masques ou de motifs végétaux disposés aux points forts de la corbeille, et forment des courbes et contre-courbes symétriques reliées par des bagues (fig. Il ). Ces tiges sont souvent terminées par des feuilles qui se replient sur elles-mêmes, ou s'agrippent aux tiges dont elles sont issues. Les motifs terminaux reprennent en fait le même répertoire décoratif que les extrémités des feuilles d'acanthe (fig. 12). Il existe très probablement des liens entre les chapiteaux à rinceaux entrelacés et l'enluminure, mais cette hypothèse attend d'être étayée par des comparaisons précises. Que ce soit pour les chapiteaux corinthiens ou les chapiteaux à rinceaux entrelacés, des exemples similaires abondent dans le transept du prieuré voisin et dans un ensemble d'édifices situés autour de Souvigny, comme, entre autres, Saint-Menoux et le Montet où les chapiteaux appartenant à la même famille sont très nombreux. La place de Saint-Marc s'inscrit donc dans ce contexte régional. Par la bonne conservation de son état originel, l'ensemble de ses chapiteaux constitue un maillon important pour la compréhension de ce groupe de sculptures. L'étude approfondie de la sculpture de Saint- Marc nous entraînerait nécessairement à aborder celle de cet ensemble d'édifices. Remarquons simplement que la diffusion de ces types de chapiteaux, leur origine et leurs relations avec l'art des régions voisines, ne sont pas encore clairement élucidées (6). A l'intérieur de cet ensemble, il est clair que la datation d'un édifice aurait des répercussions sur celle des autres. Il semble qu'on ait toujours proposé une date un peu tardive pour ce type de sculpture (7). Sans entrer dans le débat, on peut sans grand risque d'erreur admettre que l'église Saint-Marc est sensiblement contemporaine des parties romanes des transepts de l'église prieurale de Souvigny.

Monsieur Fang-Cheng Wu remercie Dominique Saccard, Président de l'Association Saint-Marc, qui m'a apporté une aide précieuse pour les visites de l'édifice (1) M. Génermont et P. Pradel, Les églises de France Allier, Paris, 1938, p. XIV, note 1. (2) R. Patin, Souvigny et les églises du Bourbonnais dans le milieu et fa deuxième moitié du XII' siècle, thèse dactyl. , Université Paris X, 1983, p 15. (3) Archives des Monuments historiques, fichier des restaurations, 140-1, Saint-Marc, devis présenté par l'architecte Darcy, approuvé le 10 septembre 1918, dont l'objet était la préservation de l'édifice. (4) Archives des Monuments historiques, fichier des restaurations, 140-1, 1918-1924; 140-2, 1925-1950, 1951. (5) P. Pradel propose en 1938 deux campagnes de constructions dont la première comprend les trois premières travées de la nef et des bas-côtés, la deuxième les deux travées orientales, et date de la deuxième moitié du XII' siècle, voir P. Pradel, op cil, p. 263-264; avis suivi par F. Deshoulières lors du Congrès archéologique en 1938, dans l' Allier, p. 148-152. Par contre R. Patin propose dans sa thèse deux principales campagnes dont la première, du début du XII' siècle, comprenait l'abside et la travée de l'abside, et" à la fin de la période romane, la nef fut entièrement reprise d'ouest en est »; voir R. Patin, op cil, p 179. (6) P. Pradel, op cil, p. XIII, " .. l'art nettement dérivé de Cluny avec q présence des pilastres cannelés, l'élégance et la richesse d'ornementation bourguignonne... " ; R Patin, op cil, p. 8, " ... l'art bourguignon et le tracé brisé font leur apparition... à plus d'une quarantaine d'édifices va être ainsi marquées par un art synthétique et originaire. . . " Ces remarques sont souvent d'ordre général, sinon insuffisamment étayées par des comparaisons stylistiques approfondies (7) P. Pradel, op. cil, p XIV propose la fin du XII' siècle; R. Patin, op cil, p. 11, propose le troisième quart du XII' siècle.

Intérieur de l'église saint Marc, aujourd'hui audttorium.

Auditorium Saint Marc - Animations 2010 :
  • 8 mai au 26 septembre : Exposition « Bancs-poèmes
    », association 2a2b, exposition de plein air
    dans le bourg de Souvigny.
  • 13 juin : Rallye voitures anciennes.
  • 14 au 23 juin : exposition Peintures sur Scènes de
    Juliette Ciesla, danses par Nagham et Hodaifa.
  • 24 juin au 8 juillet : Mlle Sabatier, sculpture métallique.
  • 26 juin au 14 novembre : Exposition temporaire
    « La vie bénédictine » dans le cadre du 1100e
    anniversaire de la fondation de Cluny. Musée de
    Souvigny. Programme des festivités disponible sur
    demande.
  • 16 au 27 juillet : exposition peintures de Lucile
    Dubost.
  • 31 juillet au 8 août : foire médiévale.
  • 13 au 29 août : Exposition consacrée au bon duc
    Louis II dans le cadre du 600e anniversaire de sa
    mort. Espace Saint Marc. Programme complet
    disponible sur demande.
  • 11 septembre : Société Moulinoise des Beaux Arts
  • 18 et 19 septembre : journées européennes du
    patrimoine.
  • 24, 25 et 26 septembre : Journées Musicales
    d’automne.
  • 23 et 24 octobre : marché aux cucurbitacées, association
    Emergence.
  • 6 et 7 novembre : assemblée de la Fédération Française
    des Spectacles Historiques.
  • 20 et 21 novembre : Salon du Livre Ancien.
  • 27 et 28 novembre : Marché de l’Avent, association
    Emergence.